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12 Mars 2010
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Si vous ne me libérez pas tout de suite, j’écris un livre

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un-roman-francaisLibéré 48 heures plus (trop?) tard de garde-à-vue, Frédéric Beigbeder a tenu sa promesse et publie, à l’occasion de la rentrée littéraire, Un roman français. C’est moi, ou il se la pète un peu avec son titre ? Si le contenu était digne de Laclos ou de Flaubert, je ne dis pas, mais, vous vous en doutez, ce n’est pas vraiment le cas.

Pourtant, c’est, à mon humble avis, un relativement bon cru ”beigbederien”. Il faut dire que je ne suis pas une fan du grand osseux. J’avais bien aimé Dernier inventaire avant liquidation parce que ça m’avait rappelé quelques incontournables que je n’avais pas lu et que je devais de toute urgence ajouter à mon charriot Amazon, mais 99 francs et L’amour dure trois ans m’avaient laissée un peu dubitative.

Pourtant, comme pour le dernier Nothomb, je me suis laissée tenter, décidant de me remettre un peu au goût du jour niveau littérature (ces derniers temps j’avais tendance à ne lire que des auteurs décédés depuis au moins un siècle).

Ce dernier Beigbeder, alors ? Et bien, j’ai envie de dire : Oui, mais, MOUAIS.

D’abord, Beigbeder fait du Beigbeder : un style inattaquable, une érudition étalée à longueur de pages par des références balancées d’une façon qui frôle parfois le snobisme et la pédanterie (il mentionne Holden Cauldfield ou Zelig, comme il évoquerait James Bond ou Bridget Jones), des histoires de drogue et de gardes-à-vue, de l’humour, de l’autodérision alliée à une immodestie parfois cinglante et quelques petites madeleines de Proust savamment distillées.

Ce qui change dans ce dernier-né, c’est qu’il se veut ouvertement autobiographique et, comme le veut l’écriture de soi, profondément sincère. Pourtant il ne l’est pas tout le temps, le Frédo. Comme lui, j’aime l’autobiographie, j’étais donc séduite par le principe même du livre, mais très déçue de me sentir parfois face à de la broderie. Ces épisodiques absences de sincérité font de son entreprise une sorte d’échec. Tout le livre repose sur le retour à la mémoire de l’auteur, grâce à 48h de garde-à-vue. Et je n’y crois pas. Ses soudaines réminiscences me semblent artificielles. Qu’il ait oublié une grande partie de son enfance pendant des années et que les souvenirs lui soient revenus par hasard ou brutalement, soit, mais pas comme il le décrit, pas en 48h, et pas comme ça, c’est-à-dire au fil de l’écriture. Car une incohérence originelle rend tout cela très bancal. Il nous dit qu’il n’a rien pour écrire en garde-à-vue (il risquerait de se planter le stylo dans l’oeil ou dans le ventre), par conséquent, rien de ce qui est contenu dans ce livre n’a réellement été écrit en taule, or par moments, il prétend y être, il se situe dans le présent, prétend écrire “en live” de sa cellule. On sait que c’est faux, il nous a prévenus au début, alors comment croire au reste ? A la différence de Rousseau qui ouvre ses Confessions par une longue promesse de sincérité et d’honnêteté, Beigbeder nous annonce tout de suite, si l’on veut la voir,  la couleur de ses fioritures. Un faux pacte autobiographique et  c’est dommage. D’autant plus dommage que lorsqu’il est dans la sincérité, il parvient à faire passer une émotion, à ma connaissance, assez inédite chez lui.

Car si ses retours de mémoire sont enjolivés, ses souvenirs ne le sont pas. Il décrit avec beaucoup de justesse sa vie d’enfant de divorcés, la mère célibataire et le père absent (“je fus privé de père alors qu’il était vivant. [...] le silence des vivants est plus difficile à comprendre que celui des morts”), les faisant résonner avec beaucoup de finesse à ses propres divorces, des années plus tard. Il dresse un tableau très juste des silences parentaux (“La famille est le lieu de la non-parole”), du doux enfer familial (“Je voyais la vie divisée en deux parties : la première était un esclavage, et l’on employait la seconde à essayer d’oublier la première”), et du vertige du mariage (“pile au moment de dire “oui”, cette intuition que le meilleur était derrière nous”). Il offre une jolie déclaration d’amour filée à sa fille et, d’une certaine façon, à son frère également ; ce dernier recevant la légion d’honneur des mains du Président à la sortie de la garde-à-vue de l’auteur.

Enfin, il décrit avec beaucoup de justesse, d’humour et d’ironie acerbe le fonctionnement de la justice française (“Nous avons élu un Président de la République qui passe son temps à libérer des prisonniers à l’étranger et à jeter des gens aux oubliettes chez lui”) et se sert de sa notoriété et de ce livre pour formuler un pamphlet contre les conditions de garde-à-vue, notamment au “Dépôt” (“La France est un pays qui pratique la torture dans le Ier arrondissement, juste en face de la Samaritaine”). Freddy parvient même à décrire avec lyrisme et émotion l’addiction à la cocaïne et voit dans la poudre blanche un condensé assez juste de notre époque. Une façon sans doute de s’ancrer lui-même profondément dans cette époque, de se vouloir extrêmement représentatif de la France d’aujourd’hui et de s’autoriser à penser sa vie comme un “roman français”.

La Meuf

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