
Après les sorciers à lunettes, les buveurs de sang ! Longtemps réservé à un public adulte amateur de littérature gothique ou fantastique, le vampire est devenu un héros plébiscité de la littérature jeunesse. Enquête sur une nouvelle mode.
Le chiffre est impressionnant. Depuis novembre 2005, date de la parution du premier volet en librairie de la saga Twilight, de Stephenie Meyer, pas moins de 450 ouvrages mettant en scène un personnage de vampire ont été publiés en France. Un tous les trois jours ! «Ce courant existe depuis plus d'un siècle, mais il ciblait jusqu'à maintenant un public populaire d'adultes fans d'épouvante et de fantastique, explique Jean Marigny, professeur d'université à Grenoble. C'est grâce à Anne Rice et son entreprise d'humanisation du personnage, dans Entretien avec un vampire, qu'il est devenu accessible à tout le monde. Le vampire est un mythe, donc sa figure envahit tous les domaines: science-fiction, policier, romantique et désormais aussi jeunesse.»
Qu'on le sache : en 2009, chez les adolescents, on ne fantasme plus sur les baisers de Don Juan, mais sur les succions de Dracula. «L'adolescence est la période d'apprentissage des grands affrontements qu'abrite la civilisation dans laquelle on évolue. Les mythes sont des opérateurs qui permettent de les comprendre en les subvertissant. Ainsi du vampire, qui évolue entre la vie et la mort», explique le psychologue Benoît Virole. «On ne peut dissocier de cet aspect anthropologique l'aspect psychanalytique de ces histoires, qui mêlent les thèmes de la sexualité -déplacée, car non génitale-, de la vie, symbolisée par le sang, et de la contamination -la victime vampirisée devient vampire. Reste que cet engouement est pour moi d'abord commercial et médiatique. Le marché est toujours à l'affût des sujets liés aux grandes peurs de l'inconscient. Il les colonise et en amplifie l'attrait grâce à la presse.» Jean Marigny, lui, comprend que les jeunes lecteurs américains aient accueilli Twilight avec enthousiasme : «Avec Bush et le grand retour au puritanisme, cet amour impossible a exalté les enfants. Mais je n'y crois guère en France.»







