
«Lettres à Aube» et «Lettres à un adolescent», deux recueils de lettres adressées par de grands auteurs à leurs enfants montrent que le métier de parent n'est facile pour personne.
Les écrivains sont-ils des parents comme les autres ? Si l'on en croit les lettres qu'adressaient Racine, Théophile Gautier, Claudel, Fitzgerald, Freud et d'autres à leurs enfants, lettres que présente une jolie petite anthologie préfacée par la romancière Camille Laurens, la réponse est oui. Rassurons-nous, ces êtres éminents dont l'œuvre impressionne par la hauteur ou la profondeur de vue se montrent pour la plupart aussi attendris et anxieux, démunis, empêtrés ou même carrément maladroits que quiconque face à leur progéniture. Surtout lorsqu'elle arrive à l'adolescence, cet âge où l'enfant s'émancipe des romans que son paternel avait échafaudés autour de lui, penché sur son berceau. Pour se consoler et relativiser les déconvenues qu'infligent parfois les petits qui deviennent grands, il faut lire les lettres débordantes d'affection qu'André Breton adressait à sa fille Aube. Ces missives, publiées pour la première fois et merveilleusement éditées, sont un régal littéraire, à la hauteur de Nadja. Parfois rédigées sur du papier à en-tête du centre d'informations surréalistes, elles sont attendrissantes et drôles, tant l'écrivain s'y montre tenaillé entre son tempérament autoritaire d'une part et, de l'autre, son credo que le désir est «la seule rigueur que l'homme ait à connaître ». Aube, que le théoricien du mouvement surréaliste avait surnommée Ecusette de Noireuil dans sa première lettre, écrite lorsqu'elle était bébé, longue missive échevelée qui clôt L'Amour fou et s'achève sur la formule fameuse « Je vous souhaite d'être follement aimée» , lui donne du fil à retordre. Breton s'étrangle, épouvanté, quand il voit les fautes «très graves et du plus mauvais effet» que commet sa fille, bientôt lycéenne : «voit-tu, tu m'avait, je faisai, que tu comprenne, je savait» - c'est lui-même qui les relève avant de la sommer de ne point laisser «le cœur l'emporter sur la tête » et de travailler d'arrache-pied son orthographe.



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