Le bienveillant reproche de ne laisser apparaître que le côté néophyte des choses qu’on me fit il y a quelque temps, m’a conduit à me poser la question de savoir qui j’étais. Une question qu’on se pose à soi comme aux autres, sans finaliser ni la demande ni la réponse, que le plus souvent nous n’attendons surtout pas.
« Qui suis-je ? » doit automatiquement précéder « maintenant », à l’heure, à l’instant précis où je parle, car la réponse se situera forcément entre ce que je fus et ce que je serai. Riche d’un passé ne valant que ce qu’il vaut, mais qui me comble, sans perdre de vue que les mots ne sont qu’un agencement de lettres et que l’essentiel est ce qu’ils abritent ; nous sommes tous des individus mais par-delà ce terme nous ne sommes pas identiques.
Ce qui me conduit insidieusement à penser que je ne suis que le présent, l’instant, et uniquement en devenir. Riche d’un passé, certes, espérant peut-être, mais absolument rien de plus. L’instant d’après venant tuer celui qui est, me force à admettre que je suis un éternel débutant dans l’immédiat, un néophyte de la vie. S’il n’y a pas matière à être fiers d’être ce que nous sommes, il y a toujours de quoi être satisfaits d’avoir été ce que nous ne sommes plus, superbes d’une expérience qui donne à notre croisière sa propre allure, sa propre vitesse. Dans un perpétuel tourbillon de révolte et de colère qui procure une ossature au désir, au rêve, à la nouveauté d’un demain. D’une insatiable révolte qui est l’explosante-fixe du sentiment de culpabilité provoqué par tout ce qui fut et que nous avons plus ou moins cautionné, jusqu’à la colère salvatrice où germera le désir d’amour.
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